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Le tohua Mauia, à Hoho’i , par Pierre Ottino-Garanger , archéologue
Le site archéologique de Mauia est un tohua, soit une grande place communautaire aménagée autour d’une esplanade rectangulaire bordée de gradins et de plates-formes lithiques, upe ou paepae, qui supportaient des cases destinées à abriter la population réunie. Ces tohua avaient été construits par les habitants des vallées sous l’égide des chefs et des maîtres-spécialistes. Ils étaient leur fierté et participaient à la cohésion du groupe par les nombreux échanges, cérémonies, festivités et distributions qui y avaient lieu. Leur seule construction avait nécessité des travaux gigantesques qui n’auraient pu s’effectuer sans la participation de tous : terrassement, apport et transport des matériaux de constructions, déplacement et agencement des blocs, organisation des travaux, collecte, cuisson et distribution de nourriture pour les participants, préparation des matériaux végétaux pour la construction des cases qui seront élevées sur les plates-formes de pierres…
ces travaux avaient été décidés par les chefs et les prêtres, indispensables au choix du site, au bon déroulement des travaux, à l’accord et à la participation des populations, à la bienveillance et à l’implication des ancêtres et des divinités…
Ces tohua n’étaient donc pas de simples lieux de festivités, ils traduisaient les relations sociales, les échanges et le travail, l’importance des chefs et des prêtres et leur position essentielle entre les vivants et les ancêtres, entre les hommes et les divinités ; ces tohua traduisaient les relations entre la tribu et son Henua, sa terre, son île, son pays… Au cœur de la tribu et des vallées, ils participaient à la cohésion du groupe et l’affichaient, la renforçaient aux yeux de tous et surtout lors des grandes cérémonies festives, qui regroupaient des délégations invitées provenant de tribus voisines et aussi d’autres îles de l’archipel…
Le tohua Mauia est situé dans la vallée de Hoho’i, voisine et sans doute alliée de Haka’ohoka habitée par les Ka’avahope’oa. Hoho’i était habitée par les Tavaka et également les Ka’avahope’oa. Les tribus se réunissaient sur deux places des fêtes ou tohua : celui de Tipekeaumi’o, situé dans la basse vallée de Hoho’i était sans doute destiné en priorité aux Ka’avahope’oa, celui de Mauia, entre la moyenne et la haute vallée de Hoho’i, à 2 km de la mer, avait sans doute été érigé par les Tavaka.
Mauia se distingue de tous les autres tohua par sa forme, non pas rectangulaire, mais en équerre, dont une des ailes est longue de 75 m et l’autre, la mieux conservée, de 90 m, la largeur des deux ailes est de 27 m. Ce tohua est implanté sur une pente, qui a facilité sa construction. Les anciens Marquisiens ont en effet creusé dans cette pente pour se procurer les matériaux de constructions, terre et pierres, ainsi que les très nombreux blocs rocheux nécessaires à l’élaboration des murs et des pavages. Si les gradins supérieurs s’appuient sur le pente du versant, les gradins du côté aval de la pente ont dû être montés sur des remblais retenus par de hauts murs. Ces murs, de deux mètres de hauteur aux endroits les moins élevés, atteignent 5 à 6 mètres de haut aux endroits les plus en déclive du terrain.
Le site de Mauia, ne se limite pas au tohua. Situé sur la terre Vaiohina, celui-ci est partie prenante d’un complexe architectural qui ajoute à sa valeur et permet de mieux se rendre compte de la vie des anciens Marquisiens. Ainsi au tohua s’ajoutent des paepae ou plates-formes de pierres qui supportaient des habitations, des murets retiennent la pente et permettaient un cheminement aisé sur ces versants marquisiens très pentus. Des enclos abritaient des plantations fragiles. Le tohua est établi juste en hauteur de la rivière dont l’eau étaient indispensable à l’homme comme à ses cultures. La forte pente menant à la rivière est donc retenue par d’innombrables petits murets qui ménagent d’étroites parcelles et des accès jusqu’à la rivière.
En contrebas, les berges de la rivière sont consolidées par des murs, destinés à protéger les rives, la précieuse terre et les plantations qui s’y tenaient. Un chenal d’adduction d’eau y est encore conservé. Il permettait d’alimenter des terrasses de cultures destinées au taro, poussant dans un sol constamment inondé. Plus bas, un bain dont le nom de Vaitumu est encore conservé, permettait, selon la tradition orale, aux jeunes mamans d’y effectuer leur premier bain, juste après leur accouchement, qui s’effectuait sur un énorme rocher à la surface horizontale et concave, bordant ce large bassin. Un autre intérêt de cet ensemble et de présenter un affleurement rocheux qui a servi de carrière au débitage de large dalles de tuf volcanique, qui ont orné les plates-formes du tohua.
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