Le festival | Le mot du président du comité organisateur, mr Benjamin Teikitutoua |
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Le
Festival des Arts de Iles Marquises est désormais un événement
incontournable et sans précédent pour la transmission
des savoirs hérités de nos « Tupuna »
(ancêtres) eux-mêmes descendants des prestigieux
navigateurs qui peuplèrent le Pacifique Sud.A chaque édition, il incite notre peuple à puiser dans la tradition (dont les derniers Tuhuka encore vivants restent les témoins) pour transmettre les valeurs sacrées de notre langue et de notre culture millénaire qui a survécu à tous les périls qui l’ont menacée et que nos Tuhuka ont failli emmener avec eux, dans le grand océan, quand ils furent terrassés par mille maux inconnus. La mort planait alors sur « HENUA ENANA » (Terre des Hommes). Mais certains furent sauvés et purent maintenir leurs savoirs. Merci du fond du cœur et que leur âme repose en paix dans le grand « HAVAIKI NUI ! ». Pourtant, la culture tahitienne s’était, depuis longtemps, répandue dans les Iles Marquises. A chaque fête, on ne dansait et chantait que des « APARIMA », des « OATEA », des « TAMURE », des « PAOA », des « HIVINAU ». Nous ne connaissons plus notre héritage, nos chants et danses, notre musique. Seuls nos mythes et légendes que nos mères et grands-mères nous contaient le soir, trouvaient grâce à nos yeux. Mais, un jour, Monseigneur Hervé LECLEACH, évêque des Îles Marquises, un très grand humaniste, cultivé, passionné et défenseur de notre culture, rassembla autour de lui, un groupe de jeunes instituteurs et de personnes motivées qui rêvaient de défendre la langue marquisienne. Pour ce faire, ils décidèrent de créer la première Association Culturelle (de Polynésie française) réunissant tous les marquisiens : le rassemblement du peuple marquisien pour la défense de sa culture. « TE MOTU HAKA OTE HENUA ENANA ». Ainsi, naissait une force nouvelle composée de l’évêque, du président : Georges TEIKIEHUUPOKO, dit Toti, d’un vice-président, votre serviteur, d’un secrétaire, Etienne HOKAUPOKO, de Uki HAITI, notre philosophe et maître artisan et de nombreux membres venant de toutes les Îles Marquises. Depuis, 1977 est restée une date historique. Notre première tâche : sauver la langue par tous les moyens et prouver au gouvernement du Territoire que nous existions et que nous avions une langue, une culture, une civilisation. Ensuite, recenser les manuscrits et les écrits des visiteurs relatant les différents aspects de notre civilisation et de notre langue. Ce qui nous permit de démontrer la pureté de notre langue qui n’était victime d’aucune altération ou barbarisme. Trois ans plus tard, en 1980 nos actions portèrent leurs premiers fruits et, alors que Tahiti se préparait à accueillir un événement sans précédent, le grand Festival des Arts et Cultures de tous les peuples du Pacifique Sud, et qu’il avait été décidé que la grande île représenterait, seule, la culture « MAOHI », MOTU HAKA lança un défi : montrer nos danses et nos chants traditionnels enfin retrouvés. Ce fut un véritable triomphe. Deux ans plus tard, nous organisions notre premier Festival des Arts des Îles Marquises dont la notoriété n’est plus à démontrer. Il a reçu ses lettres de noblesse et tout le Pacifique chante ses louanges. Au-delà même de nos frontières. La grande richesse de nos tatouages, nos sculptures, la beauté et la pureté de nos danses et nos chants, la virile fierté de nos HAKA, attirent à chaque édition, davantage de monde. Des offres de participation affluent de toute part, même de la lointaine métropole ! A chaque manifestation, tous les quatre ans, MOTU HAKA réfléchit et propose un thème bien défini. Et chaque île puise dans sa mémoire, interroge ses racines pour contribuer à l’événement. En voici quelques-uns : la légende de création des Îles Marquises, les voyages transocéaniques et le peuplement des îles, l’origine et l’art du tatouage, la magie et le pouvoir de la parole (orero), les joutes oratoires, les recherches des chants et des danses et la conservation des aliments pour les voyages au long cours… Pour cette 7ème édition, nous avons retenu « TE TUHUKA » (les maîtres, savants, techniciens…). Chaque TUHUKA possède des dieux tutélaires. Prenons par exemple les « TUHUKA HEE TAI » (maîtres navigateurs) leurs dieux sont TEAHUMOANA, dieu principal de la mer, MOETAI dieu des navigateurs au loin dont le nom signifie « Couché à la mer ». Donc les incantations, les chants et danses, l’art culinaire, le tatouage, les objets sculptés, les outils servant à naviguer (pagaies, écopes, voiles, pirogues, balanciers…) sont dédiés aux dieux pour obtenir leur protection. On s’inspire de ces légendes pour monter un spectacle sur « TUHUKA HEE TAI ». D’autres propositions seront apportées comme le grand navigateur VAKAUHI (rata en tahitien) de IO (Hiro en tahitien), et bien d’autres encore. On nous demande parfois : « A quoi sert un festival culturel ? », nous répondons : « la culture est l’essence même de la vie ou de la survie d’un peuple. Elle nourrit la pensée et l’esprit de l’homme. Elle est le miroir de l’âme ! » Nos festivals nous permettent de nous retrouver. De partager nos joies et nos peines dans l’harmonie de nos différences. D’échanger nos savoirs et nos savoir-faire et de les transmettre à nos enfants. Nous avons retrouvé notre identité, notre âme, l’âme « ENANA ». Pour conclure, je vous livre les réflexions d’un TUHUKA OKO : « Ce qu’on veut savoir de nous, Marquisiens, c’est sans doute d’où nous venons, ce que nous sommes, où nous allons. C’est en examinant notre état présent dans tous les détails et sous tous ses aspects, que nous pouvons sonder d’où nous venons, et présumer où nous allons… ».
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Le
Festival des Arts de Iles Marquises est désormais un événement
incontournable et sans précédent pour la transmission
des savoirs hérités de nos « Tupuna »
(ancêtres) eux-mêmes descendants des prestigieux
navigateurs qui peuplèrent le Pacifique Sud.